Rapide comme l’éclair, Petit Jules courait le long d’un sentier. Un livre à la main, il se sentait libre plus que jamais, loin des adultes.

Il s’arrêta soudain. Le sentier se divisait en deux et il se sentait comme lui, divisé. Devait-il aller à gauche ou à droite ? Il prit une pièce pour laisser faire le hasard et partit à gauche.

Il se remit à courir et passa ainsi devant un buisson de belles baies rouges auxquelles il ne toucha pas car c’était du poison.

Il se sentait depuis quelques temps la tête sous l’eau avec tous ces cours, ces obligations que ses parents lui imposaient.

Il avait alors fuit et c’est ainsi qu’il se retrouvait à courir le long d’un sentier dont il ignorait où il conduisait mais au moins c’était loin.

Il s’arrêta soudain pour se reposer et commença à lire son livre, un roman de capes et d’épées trouvé dans le grenier plein de poussières, bien sûr.

Lui qui était un garçon timide, il admirait le courage des héros qu’il découvrait, eux qui ne reculaient devant aucun danger pour la gloire ou une belle.

À l’école, ils le trouvaient tous un peu tordu de lire autant mais c’est qu’ils ne comprenaient pas la magie des mots et tout le bonheur qu’ils lui apportaient.

Il entendit soudain un crissement de pneus et une camionnette étrange s’arrêta devant lui, couverte de rouille et de graffitis biscornus.

Un type colossal en sortit, un homme tellement grand que la camionnette, qui avait l’air toute petite à côté, sembla faire un saut sur place quand il sauta.

Le colosse se dirigea droit vers Petit Jules qui se mit à courir comme jamais il ne l’avait fait pour lui échapper, sans perdre de temps pour essayer de comprendre ce qu’il lui voulait.

Le pauvre était tellement bouleversé qu’il ne comprit pas tout de suite qu’il partait sans son livre mais c’était trop tard avec l’autre qui le suivait de loin, quoique lentement.

Dans sa fuite, Petit Jules se retrouva soudain dans une ville qu’il ne connaissait pas, grouillant d’une foule de gens aux vêtements bizarres et colorées.

Des chiens féroces surveillaient les passants qui ne firent pas attention à lui, pas plus qu’au géant qui s’était aussi glissé parmi eux.

Petit Jules se fit tout petit en le voyant et se faufila parmi les gens mystérieux en se demandant s’il valait mieux être là ou se sauver et quitter la ville.

Il se cogna soudain contre un monsieur qui tenait un mouton gros et gras entre ses mains. L’animal tomba et se sauva entre les jambes des gens.

L’homme qui portait des vêtements élégants mais d’une autre époque attrapa les épaules de Petit Jules et le secoua en criant très fort à cause du mouton enfui.

Il fit ensuite tomber Petit Jules dans une flaque d’eau avant de partir après son mouton en laissant l’enfant triste et crasseux. Mais déjà le géant arrivait sur lui et Petit Jules fuit à nouveau.

Il aurait aimé pouvoir se saisir d’un nuage pour se cacher dedans ou s’envoler dessus mais il ne savait pas comment on attrape un nuage et ne put que courir.

Allant au hasard, il faillit tomber dans un puit profond qui s’ouvrait devant lui mais il sauta par réflexe par-dessus et c’est le géant qui tomba dedans en un plouf monstrueux.

Furieux, le géant se mit à hurler du fond de son trou en une langue étrange et deux passants qui semblaient comprendre voulurent attraper Petit Jules.

Le pauvre garçon se demandait comment il pourrait les semer, ou les mener sur une autre piste que la sienne, d’autant qu’il ignorait toujours ce qu’on lui voulait vraiment.

Il essaya de les ralentir en leur jetant à la tête de gros canards juteux qui pendaient à un étal et le vendeur tenta le frapper mais Petit Jules était loin.

Les deux autres, stoppés par les canards, tombèrent sur un moine aveugle qui les frappa de sa canne en leur intimant l’ordre de se repentir de leurs péchés car ils avaient volé des canards, du moins le croyait-il.

Petit Jules sortit enfin du marché et arriva dans un port où un navire attendait l’embarquement de ses passagers. Il se glissa à bord en catimini.

Il entendait le bateau grincer mais il ne s’en préoccupa pas plus car le géant était peut-être sorti de son trou pour le courser.

Il commença à grimper le long d’un mat pour se cacher en haut mais avec aussi l’idée de guetter de loin le géant pour être averti s’il devait arriver au port lui aussi.

Il avait un peu le vertige mais la peur de chuter n’était pas aussi forte que la peur de se retrouver face au colosse et il avait besoin de savoir où était celui-ci.

Du haut de son mat il put voir dans le marché le géant auxquels s’étaient unis les deux passants qui n’avaient plus le moine sur le dos et avaient dû s’en défaire.

Petit Jules descendit de son mat et chercha une charrette ou un moyen de ne pas être reconnu s’il devait être retrouvé et il trouva une astuce.

Par chance, il découvrit très vite un déguisement et un masque sur le bateau. Il les enfila aussitôt et quitta le bateau, marchant aussi tranquillement qu’il pouvait, espérant qu’on ne le poursuivrait pas s’il n’avait pas l’air de fuir.

C’est ainsi que finalement Petit Jules put sortir de la ville étrange sans être attrapé par le géant.